Violences obstétricales… STOP !

Publié par le Avr 10, 2017 dans Grossesse, Naissance, Twitter | Aucun commentaire

Violences obstétricales… STOP !

Je partage ici un témoignage concernant les violences obstétricales subies…
Trop souvent niées, trop souvent minimisées, elles sont pourtant présentes.

Je connais aussi les difficultés rencontrées par les équipes soignantes dans l’exercice de leur métier, tout comme je connais des professionnels de santé d’une immense qualité humaine… mon propos est donc juste de mettre en lumière certaines situations pour que le monde autour de la naissance puisse être plus doux : plus de conscience, plus d’informations autour de la prise en charge respectueuse et humaine, plus de moyens humains dans les structures afin de permettre aux équipes de faire leur travail de façon sereine, etc.

Voici le texte de Miss Marple :

Violences obstétricales. Les mots sont lâchés. J’ai compris. J’ai compris que je n’étais pas la seule. J’ai su qu’un mot existait pour définir ce que j’avais vécu. N’en déplaise à bien des gens, non, il ne définit pas des poules mouillées qui se plaignent de tout et de rien parce qu’elles n’ont pas reçu le traitement qu’elles espéraient en se rendant à la maternité.

Avant tout : Viol. Le viol est un acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise (Articles 222-23 et suivants du Code pénal).

 

 

Bon nombre de pays tentent (enfin) d’en définir les termes. Pour faire court et concis, voici la définition qu’en donne Marie-Hélène Lahaye, dans son article du 9 mars 2016 :

« tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé, qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente. »

C’est vrai. Mais ça n’est pas que ça. C’est avant tout un viol. Non, je n’exagère pas. Je ne suis pas seule et j’invite toutes celles qui ont vécu la même chose à me contacter, à en parler et à dénoncer.

Pour ma part, et je me permets de parler de moi parce que c’est ce que j’ai vécu, ce viol obstétrical s’est déroulé en plusieurs étapes.

Je suis arrivée à la maternité vers 22h gonflée, la peau qui me démange. On me dit qu’on me garde, me demande de remplir quelques formulaires et on m’annonce que j’ai une cholestase. Personne, n’a pris le temps de me dire ce que c’était. Pour seule réponse, j’ai eu le droit à un « oh, on ne sait pas pourquoi, mais c’est par période que ça arrive. Il y a déjà 3 femmes à votre étage qui en ont une. » … Sans Internet à portée de mains, on s’en contentera. J’apprendrai par la suite que le diagnostic était faux et qu’il s’agissait d’un problème de vésicule biliaire. Tout ceci aurait donc pu être évité.

Jour 1 : je me réveille à 7h, et une sage-femme vient m’annoncer que « c’est aujourd’hui le grand jour ».

Mission déclenchement : « vous allez avoir des contractions grâce à un tampon » Très bien, alors allons-y ! Je serre les dents et hop, c’est fait ! Pas de repas aujourd’hui parce qu’ « on ne mange pas si on accouche, Madame »

Je pourrai me passer d’un repas, ce n’est pas bien grave…

4 heures plus tard, alors que les contractions sont belles et bien présentes, le tampon me démange. Il brûle et j’ai du mal à marcher. J’avertis les sages-femmes qui me répondent que « c’est normal ». Très vite, les gynécologues -qui ne se présentent pas- affluent et les monitorings dépassent l’entendement.

Ouverte à 1, mes contractions ne peuvent même plus être mesurées. Pas de panique, on m’a dit que c’était pour « aujourd’hui, M’dame ». Le soir, j’ai faim. Je suis toujours dans ma chambre, je veux bouger mais j’ai de plus en plus mal. Les monitorings sans bouger me fatiguent et me donnent des courbatures. J’ai faim. Et soif.

22h. « Bon ben on va voir où en est le travail ». Une sage-femme vient. Je lui explique calmement que j’ai l’impression que tous mes organes sont en train de descendre et j’exige qu’on me retire le tampon. Elle hurle, a décrété qu’on ne retirerait pas le tampon, ou seulement pour en remettre un autre.

J’appelle ma mère qui accourt et me soutient. La sage-femme me répète qu’elle commence à en avoir marre et retire enfin le tampon. L’effet est immédiat. Je vais mieux, je m’apaise. Elle reste là, 30 minutes à insister pour remettre un tampon. Je serre les jambes, totalement brûlée à l’intérieur et lui dis que non je ne veux pas. Je l’entends dire à ses collègues « elle commence à me faire chier celle-là ». J’ai gagné, mais pour une nuit seulement.

Jour 2 : « bon allez, cette fois-ci, c’est la bonne !! »

J’ai passé une nuit horrible, des monitorings toutes les 45 minutes et je commence à fatiguer. La sage-femme de la veille revient et me dit « alors, vous êtes calmée ? ».

Je lui dis que ça va un peu mieux. Ni une, ni deux, elle ressort un nouveau tampon et vérifie la dilatation du col. Toujours à un.

Elle me fait mal et en guise de lubrifiant, elle utilise du savon Anios. Ça me brûle de plus en plus. Je panique et elle me maintient les jambes écartées. Je ne veux pas que ce soit elle. Je suis, dans mon lit, assise. Elle n’a pas pris le temps de m’allonger pour m’examiner. Je me sens à vif, à l’intérieur.

Je lui explique et elle me rappelle qu’on ne va pas y passer des heures. J’essaie de me détendre, je lui demande un instant, lui demande si je peux lui tenir les mains. Je pleure, je suis paniquée, plus je dis non, plus elle insiste. Elle force pour m’ouvrir les jambes et me fait de plus en plus mal. Stop ! Je n’en peux plus.

Toute la nuit, toutes les 45 minutes, on vient me vérifier le col. Je suis déjà à plus de 15 touchers vaginaux dans une partie censée m’appartenir, et que je sens enflammer. Elle démissionne et me dit d’un ton menaçant que  puisque c’est comme ça, ce sera le gynécologue qui le fera. Je lui demande qui est de garde et, pour seule réponse, elle me balance que … « bah vous verrez bien ! ».

J’angoisse, ma maman revient.. Je suis appelée dans un bureau et cette fois-ci, je pleure. Il y a 3 sages-femmes et un gynécologue. Il m’explique ce qu’il va me faire et qu’il n’insistera pas. Lorsque je me sens prête, je lui dis. Il me tient la main et m’allonge. Ça y est, le deuxième tampon est en route.

24 heures de contractions. 24 heures sans manger ni boire. Le soir, je sors en douce pour me ruiner en monnaie au distributeur, pour avaler tout ce qui contient du sucre et respirer l’air frais de ce mois de décembre. Les contractions s’emballent et je n’ai plus que 30 secondes de répit entre chacune. J’imagine mon bébé descendre et ça m’aide. Je lui parle et ça m’adoucit.

Chaque heure du jour et de la nuit, on viendra vérifier mon col. J’en suis à près de 30 touchers. Ça me brûle de plus en plus. Je le dis, mais personne ne réagit. Toujours ce même savon « Anios » en guise de lubrifiant. J’ai mal mais je serre les dents.

Jour 3 : « Allez, ça y est, ce soir, vous aurez votre bébé dans les bras ».

Je commence  seulement à douter ! Voyez ma naïveté ! Je me lave mais n’ose pas toucher à la zone du tampon. Je ne peux plus aller aux toilettes, persuadée que toutes mes entrailles vont tomber.

Une gynécologue arrive pour m’ausculter. D’un air dégoûté, elle me demande depuis combien de temps je ne me suis pas lavée. J’avais pris une douche 1 heure avant son arrivée. C’est l’humiliation. Elle retire le tampon et alerte toutes les sages-femmes.

J’ai fait une réaction allergique, elles auraient dû s’en rendre compte. J’entends que ça commence à chauffer dans le couloir. Elle revient et me demande depuis quand je n’ai pas mangé. Elle hurle encore plus. Aujourd’hui, pas de tampon, rien ! C’est fini ! J’irai en salle d’accouchement et je vais pouvoir manger.

Salle d’accouchement…

Une sage-femme, une des seules en qui j’avais entièrement confiance me présente une étudiante. Elle me demande si la jeune fille peut me percer la poche des eaux. D’accord. Je respire, je prends une grande inspiration lorsque je vois l’engin arriver. Je n’ai plus de contractions du tout. L’étudiante a peur et je le vois. Je lui dis que tout va bien se passer.

Elle pense bien faire. Insère le crochet et là : je me mets à hurler, j’entends que ça se déchire à l’intérieur et je hurle de douleur. Le crochet n’était pas sur la poche des eaux mais sur l’utérus. C’est l’utérus qu’elle a arraché. Je vous passe la boucherie.

Je reste en salle d’accouchement seule, à pleurer, après que la jeune fille se soit confondue en  excuses. Je ne la reverrai plus jamais.

On m’oublie. Personne. J’ai mal, je sanglote mais je préfère ne rien dire plutôt qu’on ne me retrouve et qu’on m’arrache encore un bout de moi. Je ne veux plus qu’on me touche. Je n’en peux plus. J’ai l’impression de détester ma fille. Je sais que ce n’est pas de sa faute, mais je lui en veux. Je serai une mauvaise mère. Elle n’a pas le droit de sortir maintenant, pas quand sa maman est dans cet état-là. Je saigne mais me tais.

Jour 4 : le grand jour

C’est au tour de l’ocytocine. J’étais prévenue : il n’y a pas le choix, il faut que ma fille sorte le plus rapidement possible. Je ne peux plus faire marche arrière et je me dis que mon épuisement ne pourra pas tenir un jour de plus.

Trois  gynécologues de la maternité sont là et me disent que c’est la dernière journée de douleur. Je les crois. Je n’ai plus d’autres choix que de les croire. On me dit de manger, de boire et de marcher. Une sage-femme m’autorise même à aller fumer une cigarette avant de retourner en salle d’accouchement. Je fais le plein de forces, avertis ma mère que c’est le grand jour, c’est sûr. Je suis à 9h10 en salle d’accouchement. Re-ocytocine. Re-contractions. Re-douleurs.

J’ai de la chance, la sage-femme qui sait m’adoucir est là et elle me prévient qu’elle ne partira pas le temps que mon bébé ne sera pas là. Il est midi. Toutes les demi-heures, on vient vérifier ce col qui ne bouge pas. Toutes les heures on utilise du gel Anios. On met plus d’ocytocine. Les douleurs deviennent de moins en moins supportables. Les minutes sont longues … Très longues. Bientôt, elles seront trop longues.

On m’avertit que la sage-femme qui me suit depuis le début de ma grossesse est là. Je suis heureuse, je sais qu’elle est douce et bienveillante. Elle arrive, me dit qu’elle ne comprend pas ce qui se passe, que je ne dois pas m’inquiéter mais que ce n’est pas normal et qu’elle va appeler mon gynécologue pour qu’il fasse quelque chose.

Elle connaît ma situation, elle sait que je suis seule, qu’il n’y a pas de papa, que je vis cet accouchement seule. Mais elle m’explique qu’il faut que j’accepte d’accoucher, que je dois visualiser ma fille qui descend, qui veut sortir hors de moi, que mon corps est fort et qu’il peut y arriver. Je réponds que j’ai peur. Tout simplement peur.

16 heures. On vient m’annoncer qu’il va falloir percer la poche des eaux. Je me crispe. J’ai encore ce bruit qui résonne en moi, celui du moment où j’ai entendu un craquement. Celui de la chair qui se déchire. Le visage de la jeune étudiante qui comprend qu’elle a fait une erreur.

Je sais que je vais devoir y passer et je suis tellement fatiguée que j’en deviens docile. Je ne supporte plus la douleur et demande une péridurale avant de percer la poche des eaux.

L’anesthésiste arrive. La sage-femme m’explique que je vais devoir faire le dos rond. Elle me met en position et soudain, c’est la prise de conscience. Cet instant, si rare et si précieux, où l’on prend conscience des choses. Je fonds en larmes et demande un instant pour me reprendre. L’anesthésiste claque la porte en disant que « quand elle sera prête, on me fera signe ».

Je viens de réaliser que ma fille va sortir

Que je suis seule. Que je vais devoir assumer. Et si je n’aimais pas ce bébé ? Et si je n’y arrivais pas ? Et si ? Je flanche. L’anesthésiste revient et me pose la péridurale. Ma mère arrive dans la foulée. On perce la poche des eaux, on rit. On rit parce que je suis détendue. On rit parce que je perds tellement de liquide amniotique que les sages-femmes n’ont pas le temps de vider une bassine que la suivante est déjà pleine. Elles me disent que tout va aller mieux maintenant.

30 minutes. C’est le temps qu’aura été efficace la péridurale. L’anesthésiste est introuvable. Le travail est bien entamé. Je n’ai de contractions que dans le dos. La sage femme et moi cherchons toutes les positions possibles pour alléger la douleur alors que je ne peux pas sortir du lit. Elle me masse.

Et puis soudain, tout s’accélère. Il y a des bips partout. Il est 21 heures. Je ne sais pas ce qui se passe, j’entends, au loin, qu’on demande à ma mère de me tenir le masque à gaz. J’étouffe encore plus.

Je vois le gynécologue arriver, prendre une dernière fois les mesures d’un col qui n’a pas bougé. Je l’entends dire que ça suffit, qu’on m’a trop fait souffrir, on passe à la césarienne.
J’ai peur. On m’emmène au bloc et je ne pense plus à ma fille. La seule image qui me hante est celle de mon corps ouvert, les entrailles à l’air.

Il fait froid. Deux anesthésistes sont là, je comprends que ça devient grave. On me bétadine le ventre, je vois le gynéco s’installer. Je bouge. On me demande comment je fais pour bouger. Je hurle : le gynécologue est là, prêt, son scalpel à la main et je sens tout. On me dit que ce n’est pas possible. Dans un dernier élan, je tente de me relever, explique que je sens la différence entre la bétadine chaude et froide, je sens tout.

Je repose ma tête. Les derniers mots que j’entendrai sont ceux de l’anesthésiste à son collègue : “allez ! Elle va pas nous faire chier celle-là… 

Noir. J’ai rêvé, je crois.

Je suis seule. Je ne sais pas ce qui s’est passé. C’est flou. Je lève le drap, je n’ai plus de ventre. Je ne suis pas encore capable de me souvenir de ce qui s’est passé.

Je tente de me soulever, de chercher mon ventre. Je suis à motié assise, je n’ai aucune douleur, simplement la sensation d’avoir été charcutée, ouverte. Il y a du sang partout, les draps en sont plein. Un homme arrive et me dit que tout va bien.

Mais tout va bien de quoi ? Où est mon bébé ?

On ne m’apportera ma fille que 20 minutes plus tard. Je n’ai pas eu le droit au peau à peau. On m’a volé mon accouchement. Je réalise que je suis la maman de ce petit être. Je compte ses doigts … Ça va, tout va bien. Les jours suivants, je reprends du poil de la bête. Je m’affirme et deviens une mère louve. Les humiliations se feront à répétition, comme je le raconte ici

On me dit que ma fille à l’air d’avoir la jaunisse … Je réponds que non : elle a la même couleur que son papa, qui est péruvien. L’aide soignante me demandera si je suis bien sûre de qui est le père.

Je me rétablis plus vite que prévu. On me fera remarquer que je n’ai pas de baby-blues et que ce n’est pas normal. On m’enverra une psy alors que mes parents sont présents pour me faire remarquer que je suis la mère et que je suis trop entourée, que je dois prendre ma place.

Je suis trop entourée. Ce sera la remarque de trop. C’est celle qui fera que je partirai de la maternité sans dire au revoir. C’est celle qui me fera comprendre que rien n’avait été normal dans cet accouchement.

J’ai subi un viol obstétrical. J’en fais encore des cauchemars. Je rêve, régulièrement que je n’ai jamais été enceinte. Que j’abandonne ma fille. J’ai été profondément atteinte dans ma dignité. J’ai passé deux ans sans oser effleurer la cicatrice de ma césarienne. Encore aujourd’hui, elle me fait mal. Je l’évite, mais ça va mieux.

 

Je n’ai jamais donné mon consentement. J’ai été infantilisée, déshumanisée. On m’a rappelé à longueur de journée que je ne savais pas ce qu’il y avait de mieux pour mon corps. Pourtant, la cholestase n’a jamais été reconnue. C’était simplement un problème de vésicule biliaire. La séparation mère-enfant ne devrait jamais avoir lieu. Toute personne ayant vécu la même chose ne sera plus jamais la même.

J’ai eu de la chance, beaucoup de chance. Celle d’avoir été correctement entourée et aimée par ma famille. Celle de puiser ma force en ma fille. Les conséquences de cet accouchement sont à voir sur le long terme. Toute séparation avec ma puce sera vécu comme un abandon. Pour bien des femmes, il faut des années de thérapie pour s’en sortir. Elles n’évoquent pas le sujet, mais je suis certaine que les cauchemars sont récurrents. L’angoisse.

Personne, depuis lors, n’a touché mon corps. Je refuse. Je ne peux pas. Je n’en veux pas au personnel.

C’est un tout.

J’en veux au manque de respect envers les femmes, j’en veux aux accouchements qui se doivent d’être rapides, express. J’en veux au manque de bienveillance, j’en veux aux réductions de personnel, j’en veux à la déshumanisation, à l’abandon, à l’infantilisation. Je condamne le manque de compétences médicales et humaines. Je rappelle que je suis une femme et que je suis maître de mon corps et qu’un praticien ne peut pas savoir mieux que moi ce que je ressens. Que lorsqu’une femme dit non, c’est non !

Subir des violences obstétricales, ce n’est pas un gros mot pour parler de femmes plus fragiles que d’autres.

Je sais. Je sais que vous vous demandez pourquoi je n’ai pas porté plainte. Pourquoi je n’ai rien dit. Tout ce que j’aurais comme réponse à vous apporter, c’est que je ne voulais plus en entendre parler. De rien. Des médecins, d’accouchement. Et aussi, parce que j’ai culpabilisé. Culpabilisé parce que je ne connaissais pas les violences obstétricales. Culpabilisé parce que je pensais que c’était normal. Mais ça ne l’est pas. Ça existe, il faut en prendre conscience, en parler et dénoncer !

Plein de paillettes à vous,

Miss Marple

Source : paroles de mamans

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *